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Un homme et son piano, de P’tit Belliveau, un hommage sincère au son acadien

Un homme pose assis devant un rideau bleu, les mains croisées.

L'auteur-compositeur-interprète Jonah Guimond, alias P'tit Belliveau

Photo : Page Facebook de P'tit Belliveau

Charles Rioux

P’tit Belliveau lance vendredi son deuxième album studio, Un homme et son piano. De Baie Sainte-Marie, où il a vécu son enfance, le jeune multi-instrumentiste nous parle de son besoin d’être en constant mouvement, de la musique avec laquelle il a grandi et de la sincérité de sa démarche, loin de l’ironie qu'on peut parfois lui attribuer.

On fait aussi de l’information en format collation.

P’tit Belliveau a charmé la presse et les mélomanes il y a deux ans avec son premier album, Greatest Hits Vol.1, propulsé entre autres par la chanson Income Tax.

Sur son deuxième opus, il poursuit ses explorations musicales pour livrer des chansons pop aux influences uniques, entre le country, le bluegrass, le hip-hop, le disco et même la city pop japonaise.

Ses 12 nouvelles chansons ont été largement créées sur ordinateur grâce à son clavier MIDI, qui peut reproduire n’importe quel son dans le monde, explique le musicien. D’où le titre de l’album, Un homme et son piano.

Plusieurs vrais instruments comme la guitare, le banjo et le violon viennent compléter le tout, dans une tentative de trouver un équilibre entre le super organique et la musique hyper numérique.

Un son inspiré de la radio communautaire acadienne

Si P’tit Belliveau assume son côté kitsch, il affirme qu’il rend hommage aux artistes qui l’inspirent plutôt que d’en rire. Il revendique haut et fort ses influences, comme celle de feu Baptiste Comeau, un artiste acadien auquel il a rendu hommage sur son microalbum… Baptiste chante.

Le jeune homme de 26 ans, de son vrai nom Jonah Guimond, est né en Ontario, mais il a été élevé à Baie Sainte-Marie. Il a grandi en écoutant la radio communautaire de son coin de pays, plus particulièrement le 104,1 FM CIFA en Nouvelle-Écosse.

L'artiste pose devant un rideau bleu avec des lunettes de soleil.

P'tit Belliveau est de retour avec sa formule unique pour son deuxième album, « Un homme et son piano ».

Photo : Page Facebook de P'tit Belliveau

Comme beaucoup de stations de radio, CIFA a été mandatée pour faire jouer de la musique francophone et locale. Soudainement, on retrouvait des artistes qui s’achetaient des claviers et des boîtes à rythmes et faisaient des chansons en acadien, explique-t-il.

Le musicien affirme que c’est comme si, au Québec, les jeunes avaient grandi avec une radio qui diffusait autant Britney Spears que Normand L’Amour, un chanteur amateur de Sorel décédé en 2015 et connu pour ses chansons psychotroniques comme La poignée de porte et L’achigan.

Moi, j’aime Normand L’Amour, même si sa voix est pas mal rough. C’est un petit peu plus marginal et excentrique que ce qui joue sur notre radio, mais pas énormément plus [...] Je pense que tous les villages acadiens ont leur propre weirdo qui a pris des séquences MIDI pour faire des chansons en formule one-man-band.

Créer sans travail alimentaire

P’tit Belliveau affirme que la création d’Un homme et son piano a été très différente de celle de Greatest Hits Vol.1 sous plusieurs aspects. Premièrement, il a lui-même réalisé l’album de A à Z, alors que pour son premier, il avait eu l’aide d’Emmanuel Éthier, membre du groupe Chocolat et réalisateur prisé au Québec.

Mais surtout, c’était la première fois de sa vie qu'il pouvait consacrer 100 % de son temps à la musique, lui qui a longtemps travaillé en construction, jusqu’à l’enregistrement de son premier album. Il affirme toutefois que cette liberté s’est parfois avérée un couteau à double tranchant pour lui, surtout en période de pandémie.

Je vais être honnête, je suis fier de ne plus avoir besoin de travailler 10 heures par jour, 6 jours par semaine sur la grande job. Mais j’ai encore fortement ça en moi. Si je ne fais rien, je suis extrêmement déprimé, explique le musicien, qui a horreur des temps morts.

Pour moi, les moments les plus durs dans la pandémie, c’était quand je ne pouvais pas aller au gym avec mes amis ou faire des projets de construction pour moi-même. À la maison, j’ai ma machine à souder et toutes sortes de projets de rénovation. J’ai besoin de faire des trucs comme ça pour être content.

Un artiste sérieux avec un penchant pour l’humour

Comme Normand L’Amour, Cayouche, Baptiste Comeau et Angèle Arsenault avec des chansons comme Moi j’mange, l’humour fait partie intégrante de la démarche artistique de P’tit Belliveau, mais il se défend d’être ironique.

J’ai l’impression qu’au Québec, t'as des groupes drôles et t’as des groupes sérieux. Tu n’as absolument pas de gradation entre les deux. Si la société trouve que tu es 1 % plus humoristique que sérieux, t’es un groupe drôle, explique-t-il.

En Acadie, ce n’est vraiment pas comme ça. Je ne peux quasiment pas nommer d’artiste acadien avec lequel j’ai grandi et qui est sans humour.

Il dénonce la tendance de certaines personnes à aimer ou non un style de musique en fonction de son degré d’ironie. La première question que le monde me pose en entrevue, c’est : es-tu sérieux ou pas? Who fucking cares? Je trouve que la question est frustrante, affirme-t-il.

Est-ce que la musique que tu écoutes te fait sentir mieux? Est-ce que ça te fait oublier le vide de l’existence pour quelques secondes? [...] On est rendus trop hipster, on veut juste aimer les choses si on pense qu’on a le droit de les aimer.

Un album accompagné d’un glossaire acadien

Sur son deuxième album, P’tit Belliveau assume entièrement cette dichotomie entre la sincérité de sa démarche et l’enveloppe humoristique de certaines de ses chansons. Au-delà des titres plus légers comme J’aimerais d’avoir un John Deere, il traite de thèmes plus universels comme la procrastination (Demain) ou encore le sentiment d’imposteur dans la vie de tous les jours (J’feel comme un alien).

Un homme et son piano s’écoute gaiement. On se laisse emporter par les refrains accrocheurs et les arrangements ingénieux caractérisés par la touche unique de son créateur, obsédé par la partie technique du travail en studio.

L’album est chanté dans un mélange de français acadien et d’anglais, avec une seule chanson entièrement dans la langue de Shakespeare. Pour faciliter la compréhension de certains passages, P’tit Belliveau a ajouté un glossaire acadien aux exemplaires physiques de son album, qui explique la signification de termes uniques à la francophonie des Maritimes.

P’tit Belliveau sera en tournée un peu partout au Québec à partir du 14 avril. Il sera notamment de passage au Club Soda, à Montréal, le 30 avril prochain.

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