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Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder effectuent une manoeuvre devant le directeur artistique Ivan Cavallari.
Radio-Canada / Denis Wong

Avec une distribution originale, Les Grands Ballets osent et insufflent un renouveau au classique Roméo et Juliette. Les deux interprètes au centre de la production, Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder, ont l’habitude de mettre en valeur les solistes, mais obtiennent ici une chance unique de se révéler à travers ces personnages mythiques.

Texte et photos : Denis Wong

Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder, lors d'une répétition
Radio-Canada / Denis Wong

Membres du corps de ballet, Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder sortent de l’ombre en se glissant dans la peau de Roméo et de Juliette. En effet, lorsqu’est venu le temps d’attribuer les rôles de cette nouvelle production des Grands Ballets, la hiérarchie n’a pas été appliquée par le directeur artistique Ivan Cavallari.

Dans Roméo et Juliette, [je voulais rester] fidèle à cette idée de spontanéité, explique-t-il. Avec Kiara et Hamilton, ainsi que dans la distribution, on a fait ce type de recherche. J’aurais pu choisir des gens avec beaucoup plus d’expérience, mais avec plus d’expérience on a déjà appris comment on [se sent] sur scène. On a déjà appris beaucoup de choses. Et dans le cas de cette pièce, j’aimais l’idée d’avoir cette recherche de fraîcheur et de jeunesse, cette envie de se mettre en jeu.

Hamilton Nieh lors d'une répétition
Radio-Canada / Denis Wong

La pièce d’anthologie de William Shakespeare a inspiré plusieurs versions de ballet classique au fil des décennies, certaines considérées comme des chefs-d'œuvre. Souvent, les artistes en ballet se concentrent sur un répertoire existant. Mais cette production est une nouvelle création, ce qui constitue un jalon important dans une carrière d’interprète.

C’est un privilège de pouvoir faire partie d’une création , indique le danseur d’origine sino-américaine Hamilton Nieh, qui entreprend sa septième saison avec la troupe. Le matériel, ce sont les danseurs, comme un peintre utilise la peinture et peut jouer avec les couleurs. Un chorégraphe qui crée une danse va jouer avec les danseurs en studio. Faire partie d’une création, c’est l’occasion de pouvoir y ajouter sa personnalité et ses qualités de danseur.

Kiara DeNae Felder et son partenaire de danse Hamilton Nieh.
Radio-Canada / Denis Wong

Kiara DeNae Felder incarnera le personnage de Juliette et il s’agit de son premier premier rôle au sein des Grands Ballets. À sa cinquième saison à Montréal, la danseuse originaire de la Caroline du Nord compte puiser dans sa personnalité afin de relever ce défi. 

Parce que c’est une création, mon approche est vraiment de me faire confiance et de ne pas me comparer à ce qu’une autre personne a fait dans ce rôle auparavant, précise Kiara. Je dois bloquer cette voix intérieure qui pourrait me dire que ça doit ressembler à ceci ou à cela.

Kiara DeNae Felder se concentre en effectuant un mouvement.
Radio-Canada / Denis Wong

« Juliette n’est pas un personnage de ballet typique : elle n’a pas besoin d’être sauvée et elle ose avec un choix audacieux. Ça m’interpelle. En tant que danseuse, je veux avoir cette liberté, et Juliette est un personnage qui me permet d’aller chercher ce qui vient de l’intérieur. Ça fait partie de ma personnalité et ça m’aide dans le mouvement. »

— Une citation de  Kiara DeNae Felder
Ivan Cavallari donne des instructions à un danseur lors d'une répétition.
Radio-Canada / Denis Wong

Présentée du 23 au 27 mars à la salle Wilfrid-Pelletier, cette pièce néoclassique est signée par Ivan Cavallari. Sur la musique de Prokofiev, il s’est permis d’ajouter une couche d’intrigue et d’imagination dans les relations entre Montaigu et Capulet. Doit-on s’imposer des limites lorsqu’on revisite une œuvre aussi majeure?

« À travers les années, avec les libertés que chacun s’est données, l’histoire de Roméo et Juliette devient un peu différente, et c’est évolutif, souligne Ivan Cavallari. Je ne voulais pas me sentir lié à la trame narrative de Shakespeare, mais je voulais me sentir lié au monde de Shakespeare. Ça me donnait une liberté plus grande et une fantaisie plus personnelle. »

Des danseuses de ballet exécutent un pas de danse à l'unisson.
Radio-Canada / Denis Wong

En 2020, Les Grands Ballets devaient présenter une version classique de la pièce interprétée par le Ballet national de la Géorgie. Puis, la pandémie est venue contrecarrer les plans de la compagnie de danse, qui a dû annuler ce spectacle.

Le directeur artistique Ivan Cavallari a saisi l’occasion afin d’imaginer sa propre version de Roméo et Juliette et d’y faire participer les artistes sous sa tutelle. En général, on met six semaines à réaliser une nouvelle création avant de la présenter au public. À cause du contexte, le processus créatif s’est étiré sur une période de deux ans. La troupe a dû bâtir cette pièce par séquence, en se coordonnant avec d’autres projets simultanément.

Hamilton Nieh tient la main de sa partenaire de danse.
Radio-Canada / Denis Wong

« C’était difficile au niveau de la mémoire et difficile [de se remettre en marche] chaque fois, mais j’avoue que maintenant qu’on est là et qu’on est dans les dernières répétitions, j’apprécie d’avoir eu tout ce temps pour digérer la chorégraphie. On peut réfléchir. Il y a du positif dans le fait d’avoir eu plus de temps avec le matériel. »

— Une citation de  Hamilton Nieh
Kiara DeNae Felder et Hamilton Nieh en action lors d'une répétition.
Radio-Canada / Denis Wong

Kiara et Hamilton disent avoir ressenti tout au long de ces répétitions une liberté dans l’interprétation de leurs rôles respectifs. Pour Ivan Cavallari, la réflexion autour du mouvement ne se fait pas à sens unique. C’est ainsi qu’il est possible d’amener des artistes à un niveau supérieur.

La chose la plus importante comme directeur, c’est d’avoir un regard sur le potentiel de la compagnie et d’exploiter le potentiel de tous mes solistes, dit-il. Il ne faut pas juste me concentrer sur les personnages principaux comme Roméo et Juliette. C’est pour cela que j’ai amplifié la partie dansée et qu’il n’y a pas d’objets sur scène. Je veux que la danse explique tout.

Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder exécutent un pas de danse.
Radio-Canada / Denis Wong

Hamilton comme Kiara ont intégré Les Grands Ballets en 2017 et ont depuis développé une amitié à l’extérieur de la danse. À leurs débuts au sein de la troupe de ballet, les deux ont fait connaissance en exécutant un segment très difficile sur la musique de Beethoven. Depuis, c’est leur souhait de se retrouver sur scène. Avec Roméo et Juliette, les deux interprètes pourront de nouveau exploiter cette chimie et cette confiance mutuelle.

Je crois que c’est exceptionnel de trouver [cette complicité] avec un autre danseur, conclut Hamilton Nieh. Dans une compagnie comme ici, où on fait du répertoire très varié, on va souvent changer de partenaire. Mais avec Kiara, il se passe quelque chose de spécial sur scène. D’obtenir les rôles de Roméo et Juliette ensemble, c’est un rêve. C’est juste avec Kiara que je l’aurais fait, à cause de cette connexion spéciale.

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