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Dénonciations d’abus dans le sport : un changement de culture réclamé

Une sportive est assise au sol et semble triste.

Plusieurs fédérations sportives canadiennes ont été frappées par des allégations d'abus et de maltraitance au cours des derniers mois.

Photo : getty images/istockphoto / Drazen Zigic

Une crise secoue le monde du sport canadien.

On fait aussi de l’information en format collation.

Au cours des derniers mois, les allégations et dénonciations concernant des abus, de la maltraitance ou de la négligence ont explosé de partout.

On n’a qu'à penser à la demande de recours collectif déposée contre Natation artistique Canada, aux lettres réclamant des changements au sein des fédérations de bobsleigh et de gymnastique, on pourrait y ajouter l’aviron et le rugby.

Les sportifs canadiens réclament un grand ménage et un changement de culture.

La ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, a jugé la situation assez alarmante pour réclamer une rencontre d’urgence jeudi soir avec des représentants des athlètes et des organisations sportives nationales.

Depuis que je suis en poste, donc environ six mois maintenant, on en est probablement à la huitième dénonciation d'événements qui se sont produits au sein de notre système sportif canadien, remarque la ministre. Des allégations d'abus, de maltraitance, d'abus sexuel, il y a aussi des allégations de mauvaise utilisation des fonds publics. Je crois qu'on est au cœur d'une vague dans le système sportif canadien et j’ai demandé à tous les acteurs de se réunir d'urgence pour que l'on aille une discussion franche et robuste autour de la situation.

Le but de la démarche : donner une voix aux athlètes, les inclure dans les discussions et décisions et s’assurer de la collaboration des organisations sportives.

Tous les gens sont conscients de la situation, que l'on doit agir et aller plus loin, affirme Pascale St-Onge. Il y a déjà beaucoup d'actions qui ont été prises par le passé, parce qu'il y a eu des vagues de dénonciation auparavant, j'ai des collègues qui ont occupé mon poste précédemment et qui ont déjà apporté des changements dans le système canadien, mais on doit aller plus loin.

La ministre des Sports Pascale St-Onge à la Chambre des communes (archives)

La ministre des Sports Pascale St-Onge à la Chambre des communes (archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le problème n’est pas nouveau et les victimes de ces environnements toxiques ou même d’abus n’en sont pas à leurs premières promesses entendues.

« Il y a beaucoup de choses à réparer; des choses du passé que l’on doit transformer, mais j'ai vraiment confiance que la mobilisation est là, que l'on est au bon moment dans l'histoire pour faire ces changements-là et que l'on va y arriver tout le monde ensemble. »

— Une citation de  Pascale St-Onge, ministre fédérale des Sports

Gérer les plaintes de façon indépendante

Une demande de longue date des sportifs et de leur entourage est la création d’un mécanisme indépendant pour recevoir et traiter les plaintes, et, surtout, qui détient un réel pouvoir de sanction auprès des organisations fautives. Celui-ci serait sur le point de voir le jour.

Le ministre précédent, Steven Guilbeault, avait confirmé en juillet dernier que le Centre de règlement des différends sportifs du Canada (CRDSC) allait être responsable de ce nouveau mécanisme indépendant des fédérations sportives. Plus habitué à gérer les dossiers de sélection d’équipes nationales, d’obtention de brevet ou de dopage, le CRDSC s’est évertué au cours des derniers mois à établir les bases de ce nouveau mécanisme.

Ce mécanisme-là est nouveau au Canada, donc c'est quelque chose à créer, à mettre sur pied, reconnaît la ministre. Dans les prochains jours, il y aura des annonces, parce qu’entre le mois de juillet et aujourd’hui, beaucoup de travail a été fait. L'organisme a rencontré toutes sortes d'organisations pour entendre leurs préoccupations et leurs idées sur la meilleure façon d'implanter ce nouveau mécanisme. D'ici quelques semaines, ce sera en place, mais bien évidemment, il y aura une période de transition.

Un joueur de football est assis sur un banc et semble triste.

La ministre des Sports, Pascale St-Onge, a tenu une réunion d'urgence jeudi avec les intervenants du milieu pour discuter des allégations d'abus.

Photo : Getty Images / jpbcpa

La ministre est claire, toutes les fédérations qui reçoivent du financement du fédéral devront s’y soumettre.

Deux points importants pour la réussite de ce nouveau mécanisme sont toutefois encore à définir, soit le pouvoir de sanction qu’il aura et comment il sera financé.

Le financement que les fédérations nationales reçoivent du fédéral est déjà lié au respect d’un code de conduite créé en 2019. Pour le moment, aucune n’a vu son budget être amputé pour y avoir contrevenu. Est-ce que le CRDSC aura ce pouvoir?

C'est un des mandats que j'ai aussi sur ma table de travail, de revoir tout le système qui soutient financièrement le sport d'élite au Canada, donc on va regarder de quelle façon on va améliorer nos ententes pour hausser nos exigences en termes de gouvernance, en termes de redevabilités et de rendre des comptes. Le financement est étroitement lié au fait que les organismes doivent remplir ces exigences-là.

Et qui va payer pour ce mécanisme indépendant? Lors de l’appel d’offres, le gouvernement avait ouvert la porte à un partenariat public/privé. Pascale St-Onge reconnaît qu’il reste encore beaucoup de détails à ficeler, dont celui-ci.

On va s'asseoir avec tous les intervenants pour trouver des solutions aux questions financières et autres, donc on va voir de quelles façons à long terme tout ça va être structuré.

Aux États-Unis, le US Center for SafeSport est financé par les Comités olympiques et paralympiques avec le résultat que les athlètes n’ont pas entièrement confiance en son indépendance et certains soupçonnent qu’il est volontairement sous-financé.

La réussite de ce mécanisme est entièrement liée à la confiance que les athlètes vont y accorder.

C'est notre objectif qu'il soit le plus indépendant et transparent possible, souligne Pascale St-Onge. C'est un système qui va nécessiter des fonds et le soutien adéquat pour traiter les cas passés et les cas qui pourraient survenir dans le futur. C'est un des enjeux dont je suis extrêmement consciente, et on va travailler avec le centre au cours des prochaines semaines et mois pour mettre en place les bonnes solutions, notamment au niveau financier. Mais l'objectif, c'est vraiment que les athlètes et les organisations fassent confiance à ce mécanisme-là.

Un changement de culture

Le mécanisme de gestion des plaintes ne réglera pas tout. Il doit y avoir un changement de culture au sein de certaines fédérations sportives.

De plus en plus de voix contestent le système de financement des fédérations qui est lié aux performances sur la scène internationale. Ce culte des médailles contribue au maintien d’une culture toxique.

La ministre veut trouver un équilibre entre le soutien offert au sport d’élite et la santé et la sécurité des sportifs. Elle parle même d’une refonte de tout le système sportif au Canada.

Il y a un processus qui est entamé, affirme-t-elle. Ce qui est intéressant, c'est une politique travaillée qui n’est pas juste au niveau fédéral, donc du sport d'excellence, mais aussi avec nos partenaires des provinces et des territoires qui ont le mandat d'assurer le sport pour les communautés et le sport amateur à tous les niveaux. On pourra influencer toute la culture du sport, du début jusqu'au sport d'élite en mettant au cœur de cette politique-là la sécurité des athlètes. Toutes nos décisions doivent être basées sur la sécurité, la santé et le bien-être des athlètes.

Le chantier est ambitieux, les attentes sont élevées; la ministre en est consciente.

« Je ne peux pas prétendre que moi, comme ministre, je vais tout régler toute seule. C'est pour ça que je suscite l'engagement de tout le système sportif canadien, je vais mettre mon leadership et ma position dans la balance pour m'assurer qu’à tous les niveaux les gens s'engagent dans ce sens-là. »

— Une citation de  Pascale St-Onge, ministre fédérale des Sports

Ça prend un changement de culture et ça prend plus de diversité à la tête de l’ensemble des organisations du système sportif canadien. Ça reflète le reste de la société, c'est un travail de longue haleine et dans mon rôle au Sport, j'essaie de donner l'impulsion qu'il faut pour amener des changements en profondeur, conclut la ministre.

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