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Le blanchiment d’informations, au cœur de la propagation de fausses nouvelles

L'histoire fabriquée de toutes pièces sur les laboratoires en Ukraine qui auraient servi à faire des armes biologiques est un bon exemple de ce stratagème.

Une main gantée tient une boîte de Petri où croissent des bactéries, devant un fond blanc.

La fausse histoire sur les prétendus laboratoires en Ukraine servant à fabriquer des armes biologiques est un bon exemple de blanchiment d'informations.

Photo : iStock / mediaphotos

Dans l'univers médiatique d'aujourd'hui, il est parfois difficile de retrouver l’origine d’une nouvelle, d’une histoire. Il arrive que des individus ou des médias occultent, volontairement ou non, la source d’une information. Mieux vaut prendre garde au blanchiment d’informations.

On fait aussi de l’information en format collation.

Le stratagème fonctionne un peu comme le blanchiment d’argent, qui consiste à masquer la source illicite de fonds.

Avec le blanchiment d’informations, une source peu crédible à l’origine d’une nouvelle est dissimulée ou difficilement retraçable.

Il peut y avoir une intentionnalité derrière le procédé, souvent piloté par un acteur politique : on tente ainsi de convaincre des médias reconnus et différents publics de reprendre des informations tirées au départ de sources peu fiables ou carrément fabriquées de toutes pièces.

Il peut aussi s'agir du résultat d'un manque de vérifications ou d'un certain laxisme de la part de médias ou de journalistes qui n'ont pas pris le soin de remonter à la source, en se contentant de citer des sources indirectes.

Les Décrypteurs ont déjà montré comment des tabloïds britanniques, mais aussi des médias traditionnels (Nouvelle fenêtre), versent parfois dans le blanchiment d’informations pour rapporter des histoires louches, abracadabrantes, mais dont on ne connaît pas vraiment l’origine, en s'appuyant sur des sources indirectes ou secondaires.

Plus dommageable, le blanchiment d’informations a notamment été utilisé par l’Union des républiques socialistes soviétiques (Nouvelle fenêtre), par exemple, pour faire croire dans les années 1980 que les États-Unis avaient fabriqué le virus du sida en laboratoire dans le but d’en faire une arme.

L’opération impliquait des experts douteux, des journaux peu connus basés dans des pays en développement et des médias soviétiques qui se faisaient écho pour donner un vernis de légitimité à l’histoire. Le tout était repris, finalement, par les médias occidentaux. D’ex-membres du KGB, le service de renseignement soviétique, ont reconnu plus tard avoir monté l’histoire de toutes pièces.

Le procédé est désormais employé dans la guerre en Ukraine, comme en témoigne cette fausse histoire d'armes biologiques supposément développées par l’Occident  (Nouvelle fenêtre)dans ce pays.

Depuis quelques années, des rumeurs (Nouvelle fenêtre), entretenues par le Kremlin, flottaient quant à un financement américain de prétendus laboratoires d’armes biologiques dans les ex-républiques soviétiques.

Une journaliste bulgare, Dilyana Gaytandzhieva, particulièrement active (Nouvelle fenêtre) dans la dissémination de ces thèses pro-Kremlin ces dernières années, a publié un article à ce sujet fin janvier, un mois avant l’invasion russe. Elle y affirmait que les États-Unis menaient des expériences biologiques sur des soldats géorgiens et ukrainiens, des affirmations déboulonnées par des vérificateurs de faits (Nouvelle fenêtre).

Image du tweet de Mme Gaytandzhieva où on voit des gens portant des combinaisons de protection; une photo qui illustre son article.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’article de Dilyana Gaytandzhieva affirmait faussement que des milliers de soldats en Ukraine et en Géorgie ont été impliqués dans une expérience potentiellement mortelle financée par le Pentagone.

Photo : Twitter

La théorie des laboratoires secrets a été amplifiée ensuite, fin février et début mars, par des tenants de théories du complot et par la nébuleuse QAnon (Nouvelle fenêtre), avec la parution d’une carte qui montre supposément les sites de laboratoires destinés à fabriquer des armes en Ukraine, semblable à une carte (Nouvelle fenêtre) publiée par Mme Gaytandzhieva en  2018.

La carte de l'Ukraine juxtaposée au tweet de @WarClandestine Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À gauche, la carte diffusée dès 2018 par Dilyana Gaytandzhieva montrant de supposés sites en Ukraine hébergeant des laboratoires financés par le Pentagone pour fabriquer des armes biologiques. À droite, un tweet d'un compte associé à la mouvance QAnon du 24 février 2022 qui avance avoir trouvé des preuves de la présence de laboratoires militaires en Ukraine pour faire des armes.

Photo : Twitter/Dilyana.bg

Des médias et des experts russes (Nouvelle fenêtre) ont ensuite repris cette histoire début mars.

Ce récit est relancé quelques jours plus tard par le ministère russe de la Défense.

Image du communiquéAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans un communiqué du 6 mars, le ministère russe de la Défense avance avoir trouvé des preuves d'un programme militaire en Ukraine servant à fabriquer des armes biologiques. Ces affirmations ont été démenties.

Photo : Tass

Tucker Carlson, le controversé animateur de Fox News (Nouvelle fenêtre), aux États-Unis, reprend cette théorie en ondes le 9 mars, en citant notamment le ministère russe de la Défense.

Entre-temps, une note interne du gouvernement russe demande d’utiliser les propos de Tucker Carlson le plus possible (Nouvelle fenêtre) dans les reportages en Russie.

Tucker Carlson est ensuite cité par les médias russes le 10 mars (Nouvelle fenêtre) sur les armes biologiques en Ukraine. Des alliés traditionnels de la Russie, au premier chef la Chine, reprennent cette théorie sur les laboratoires militaires (Nouvelle fenêtre) ukrainiens sur différentes plateformes.

Image d'un tweet de Mme Davis. On voit le message de la journaliste et un extrait de télévision montrant Tucker Carlson.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La journaliste américaine Julia Davis rapporte le 10 mars que « pas une journée ne passe sans Tucker Carlson à la télévision d'État russe. Voici un autre extrait utilisé par les Russes pour promouvoir leur désinformation sur l'Ukraine et la fabrication prétendue d'armes biologiques ».

Photo : Twitter

On boucle ainsi la boucle. On voit que des personnes ou des médias se font écho et donnent ainsi un semblant de véracité à l’histoire. Mais on en oublie complètement l’origine.

Comme beaucoup de vérificateurs de faits l’ont montré, on sait qu’il y a des laboratoires de recherche en Ukraine (Nouvelle fenêtre), ainsi que dans beaucoup de pays. Mais ils ne servent pas à fabriquer des armes biologiques. Ces allégations ont d’ailleurs été réfutées par l’Ukraine, les États-Unis et les Nations unies.

Des conseils sont de mise pour éviter de tomber dans le panneau et prendre garde au blanchiment d’informations : exercer son sens critique devant toute nouvelle surprenante et, surtout, essayer de remonter à la source de l’histoire.

Enfin, des équipes de vérification de faits reconnues un peu partout dans le monde s'attardent à démonter les fausses nouvelles et à retracer leur origine. Leur travail peut servir de phare en cas de doute.

Avec les informations de The Guardian, The New York Times, et Le Monde

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